Dans l’Indo-Pacifique, les armées françaises confrontées à leurs limites capacitaires

Alors qu’Emmanuel Macron effectue, depuis le 24 juillet, une tournée inédite en Indo-Pacifique (Vanuatu, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Sri Lanka), l’amélioration des leviers d’influence de Paris et de capacité de projection militaire dans ce vaste ensemble qui, dans la définition française, va de la Nouvelle-Calédonie jusqu’aux rives de l’océan Indien, est l’un des enjeux importants de ce déplacement. Un sujet de plus en plus crucial face à l’exacerbation des tensions sino-américaines.

Dernière preuve en date de cet effort accru pour essayer de peser dans la zone et de faire coïncider les ambitions présidentielles avec celle des capacités des armées : du 2 au 21 juillet, l’armée de l’air et de l’espace (AAE) a pour la première fois achevé un entraînement avec les Etats-Unis sur l’île de Guam, plus au nord. Dix Rafale, cinq avions ravitailleurs MRTT et quatre avions de transport A400M ont été déployés. Mais cet exercice était intégré à une mission plus large de l’AAE, baptisée « Pégase », qui n’a lieu qu’une fois par an et qui consiste, depuis 2018, à tester les limites de ses capacités de projection.

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Face à l’immensité de l’Indo-Pacifique, les moyens militaires français demeurent aujourd’hui écartelés entre ce souci d’affichage de puissance et ceux, plus prosaïques, liés aux nécessités d’assurer la sécurité quotidienne, maritime et environnementale, des territoires d’outre-mer. Au-delà de ce type de missions ponctuelles, « les armées françaises ne sont pas vraiment en capacité de se projeter dans la zone. Nos moyens ne nous permettent pas d’être décisifs, notamment en mer de Chine du Sud », résume Marianne Péron-Doise, directrice de l’Observatoire géopolitique de l’Indo-Pacifique à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

Processus de modernisation

La loi de programmation militaire 2024-2030 adoptée par le Parlement début juillet a bien prévu de débloquer des moyens pour soutenir ce grand écart permanent. Celle-ci prévoit quelque 13 milliards d’euros pour renforcer les « forces de souveraineté » outre-mer, dont une part conséquente se trouve en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française.

Environ 2 250 militaires sont déployés en permanence dans ces territoires du Pacifique. Si l’on y intègre les forces basées à La Réunion, à Djibouti et aux Emirats arabes unis, la France dispose potentiellement d’environ 4 000 autres soldats dans l’Indo-Pacifique, selon sa définition. Mais les soldats français affectés à ces bases sont actuellement accaparés par d’autres missions – contre-terrorisme, surveillance maritime notamment.

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