l’Afrique affamée par le dérèglement mondial

L’Afrique est le continent où l’insécurité alimentaire a le plus progressé ces dernières années. Les chiffres sont alarmants. Une personne sur cinq y souffre de la faim, soit le double de la moyenne mondiale, selon un rapport des Nations unies publié en 2023 ; près des deux tiers de sa population sont en situation d’insécurité alimentaire, ce qui signifie qu’elle n’a pas accès de façon régulière à une alimentation adéquate. Dans la Corne de l’Afrique et au Sahel, des millions d’enfants souffrent de malnutrition et d’émaciation sévères. Pourtant, de 65 % à 70 % de la population vit de l’agriculture, de l’élevage ou de la pêche. De quoi rappeler que le potentiel de souveraineté alimentaire est là.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés « Une nouvelle normalité » : la faim dans le monde se maintient à un niveau très élevé

Ce n’est pas tant l’insuffisance de la production qui est en cause que des problèmes structurels : pauvreté, effets du dérèglement climatique, fragilisation des tissus agricoles familiaux, conflits et instabilité politique. « Les quinze pays d’Afrique de l’Ouest, parmi lesquels huit pays sahéliens, produisent chaque année 60 millions de tonnes de céréales, souligne Mamadou Goïta, membre du Panel international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-Food) et directeur exécutif de l’Institut de recherche et de promotion des alternatives en développement (Irpad). La production en soi est suffisante, mais le nœud de la guerre, c’est l’organisation de la chaîne alimentaire. »

A lui seul, le Mali produit entre 6 millions à 8 millions de tonnes de céréales par an en moyenne, selon l’Irpad, pour des besoins évalués à 3,5 millions de tonnes annuels. D’autres pays ont une production excédentaire, mais le continent enregistre aussi les plus forts taux de pertes agricoles (de 30 % à 40 % de la production), qui s’expliquent notamment par la distance qui sépare les cultures des lieux de transformation et de consommation, et des difficultés logistiques (transport, stockage…).

Le développement de marchés territoriaux pourrait faciliter l’accès des populations à une production locale. M. Goïta cite l’exemple de la ville de Kati Dral, dans la région de Koulikoro, dans l’ouest du Mali, où un marché au bétail s’est élargi à d’autres denrées, attirant des acheteurs du Sénégal, de Guinée et du Burkina Faso. « Ce marché a réduit considérablement les problèmes d’accès à l’alimentation dans la région et a changé la nature de la circulation de nourriture, fait valoir l’expert malien. Environ 70 % de la nourriture produite dans cette zone est consommée par les populations locales ; elle voyage rarement au-delà de 100 kilomètres. »

Il vous reste 69.14% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.